Réforme des retraites, la bonne blague de fin de règne.

En dehors d’une réforme portant sur l’équité et l’égalité des régimes pour tous, le débat actuel sur les retraites est un leurre inutile. En effet il y a au moins trois bonnes raisons pour que la question sur l’âge de départ à la retraite ne soit pas la bonne question. Sauf, à ce que l’objectif non avoué du gouvernement ne soit de faire main basse sous les 160 milliards d’Euros appartenant aux fourmis des régimes, non pas spéciaux qui eux coutent 3 milliards par an aux contribuables, mais ceux des régimes privés !

Parmi les trois paramètres économiques constituant l’équilibre des régimes de retraite, en dehors des régimes spéciaux qui peuvent être à l’équilibre, voire bénéficiaires, mais plus souvent financés par l’état, donc le contribuable, c’est celui de l’âge de départ qui a été retenu cette fois-ci par le gouvernement comme variable d’ajustement. Probablement en partie parce que plus facile à « marketer » en s’appuyant sur l’argument de l’augmentation de la durée de vie. Toucher aux deux autres que sont le montant des pensions ou l’augmentation des cotisations eût été politiquement plus délicat à vendre et plus temporel. Il vaut donc mieux se garder cette solution pour plus tard quand le tonneau des danaïdes sera à nouveau en déficit, tout simplement parce que c’est le cours de l’histoire économique. La valeur du futur point de retraite, non défini, permettra aisément ces ajustements. A l’heure actuelle, une éventuelle augmentation des cotisations, soit patronales aurait un peu plus pénaliser la compétitivité de nos industries dans un monde sans frontière, et/ou salariales aurait elle contribuer à jaunir encore plus les rues les samedis.

Donc, à niveau de cotisations et de pension constant, on comprend parfaitement la problématique du ratio entre le nombre de cotisants et le nombre de pensionnés, liée à la pyramide des âges et à la démographie, et, aggravée par l’allongement de la durée de vie. La réponse apparemment logique et simpliste consistant à reculer proportionnellement l’âge de départ en retraite est pourtant parfaitement inutile, et encore plus si on y intègre « la clause du grand-père ».

Pour ce dernier point consistant à n’appliquer les éventuelles réformes que pour les nouveaux entrants, ce qui pourrait se justifier par la rupture d’un contrat social, ou pour le moins moral, entre la société et les salariés, la question ne se pose tout simplement pas parce que les régimes sont déjà déficitaires. Ce qui sous-entend qu’il faut, sauf à mettre une fois de plus la poussière sous le tapis avec charge à nos enfants de faire le ménage dans la violence plus tard, les rééquilibrer !

Mais passons sur ce « détail » et revenons au principal en laissant les intérêts de côté. La référence sur ce point pourrait être Frédéric Bastiat avec son livre « Ce qu’on voit et ce qu’on voit pas » parfaitement approprié au sujet et contemporain puisqu’il ne date, que, de 1848. La raison principale de « ce qu’on voit pas » s’appelle l’espérance de vie en bonne santé définie dans les termes suivants par Wikipédia : « L’espérance de vie en santé ou en bonne santé (EVBS) ou Healthy Life Years (HLY, ou « années de vie en bonne santé ») est « le nombre moyen d’années de bonne santé que l’on peut espérer vivre au sein de l’espérance de vie (EV) dans les conditions médicales, sociales et sanitaires du moment. »

Que la Tribune traduit ainsi : « L’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années que peut espérer vivre une personne sans être limitée dans ses activités quotidiennes, a progressé en 2017 à 64,9 ans pour les femmes, tandis qu’elle a légèrement reculé à 62,6 ans pour les hommes, selon la Drees. »

Et là on voit immédiatement pointer un bug majeur, ou du moins un piège évident pour les salariés qui consisterait en partant en retraite à 65 ans à être déjà cassés depuis 3 ans ! Certes, il s’agit d’une moyenne ce qui permet, comme au loto, à chacun de pouvoir espérer être du côté de la courbe de Gausse. Sans cet espoir les rues seraient jaunes tous les jours et le palais de l’Élysée, qui porte bien son titre, réduit à un tas de cendres.

Comptablement il s’agirait par ailleurs d’un transfert de charge des caisses de retraite à celles d’assurance maladie. Ce qui au final revient au même pour le contribuable, retraité ou pas, mais permet un embellissement des comptes, qui de plus ne sera pas porté par les dirigeants actuels, mais par leurs successeurs lointains dans la droite ligne du jeu de la patate chaude à passer au suivant. Dans un contexte économique qu’il convient de rappeler après que le dernier budget présenté à l’équilibre remonte à 1976 : Le déficit public est passé de 45% à 56% entre 1979 et 2018, essentiellement en raison du coût des dépenses de santé et de retraite justement, la dette de 21% du PIB à 56% et les prélèvements obligatoires de 39% à 45% dans la même période. Après moi le déluge !

On notera au passage que cette espérance de vie en bonne santé, ou plutôt, son corolaire, celle en mauvaise santé, associée à celle de l’espérance de vie tout court et celle de la courbe démographique, représente un effet de levier sur le coût de ces retraités malades pour la collectivité. De là à imaginer un conflit de génération, ou tout au moins des mesures législatives visant pour l’état à ponctionner les patrimoines ou à défaut les héritages, il n’y a qu’un pas. Ce serait comme une sorte de retraite par capitalisation forcée, modèle qui d’une façon ou d’une autre devra venir à la rescousse de celui par répartition mathématiquement insoutenable. Pas d’autant plus facile à franchir que l’état a déjà un modèle semblable qui existe et qui tourne en silence. Il s’agit de l’allocation pour adultes handicapés qui n’est qu’une avance jusqu’à retour à « meilleure fortune » qui, généralement, prend la forme de l’héritage qui sert à rembourser cette avance.

Seconde bonne raison, pour partir en retraite il faut avoir un travail ! Dans le cas contraire ce n’est qu’une prolongation du chômage ou un passage par le RSA ou autres subsides, qui n’est là aussi qu’un jeu d’écritures dans la comptabilité « publique ». Or trouver du travail passé la cinquantaine, voire le conserver, devient de plus en plus dur.

Si à ce cas du chômeur retraité, on y ajoute le levier de la désindustrialisation de la France, de la robotisation et de la mondialisation qui offrira toujours un pays moins disant socialement associé à une quasi-absence de frontières physiques et réglementaires, on arrive à la quadrature du cercle.

Cette réflexion sur l’emploi vaut également réponse pour une autre utopie sociale, prétexte fallacieux et idéologique, ou mensonge économique, consistant à faire croire qu’une immigration non qualifiée massive permettrait de payer les retraites par répartition du futur papy-boom. En raison de notre « réservoir » de plus de millions de chômeurs qui n’a aucune raison de se tarir, malgré le nombre d’emplois non pourvus, bien au contraire, ces recettes imaginaires seront plutôt des coûts sociaux supplémentaires.

Le sujet de l’âge de départ à la retraite qui occupe les chaines d’information en continu, et les syndicats à qui cela donne un semblant de raison d’être, est donc bien un leurre qui permet de ne pas poser la vraie question. La façon dont il est traité est du même acabit que la fuite en avant du plan hôpital parfaitement analysée par Patrick de Casanove dans Contrepoints.

La vraie bonne question à laquelle nous devons collectivement répondre avant d’y être contraint par une situation de collapse financier et sociétal, est celle de la répartition des richesses, pour autant qu’on en produise encore, de la ritournelle de l’évolution du capitalisme par lui-même, et donc, celle de la société que nous voulons construire et du grand reset pour arriver à un changement de paradigme. Pour les réponses individuelles, elles sont comme leur nom l’indique individuelles, mais la fuite, stratégique, selon l’éloge qu’en fait Laborit pourrait être une bonne référence.

Pour les premières années, prenez une feuille vous avez 4 heures.

Pour les autres, vous mettrez également en perspective les risques sociétaux de guerres des classes ou de générations générées par une potentielle confiscation personnalisée des biens et/ou de l’héritage, ne concernant donc une fois de plus que ceux qui ont à saisir. Pour ne pas déprimer, vous ignorerez les autres nombreux risques systémiques, endogènes ou exogènes, auxquels est confronté le pays.

Bon courage !

 

Thierry

Tenancier du café du commerce du Jour D’Avant.

www.lejourdavant.org

La lettre du café du commerce du Jour D’Avant est une lettre électronique publiée gratuitement à un rythme variant selon l’humeur du rédacteur et des événements. Elle ne peut en aucun cas être assimilée à des conseils d’achat ou de vente de valeurs mobilières restant sous la seule responsabilité du lecteur. Les opinions ou commentaires formulés, ne constituent en aucun cas des recommandations personnalisées en vue de réalisation de transactions, pas plus que des opinions politiques.

 

1 Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n’engendrent pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit.

2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Espérance_de_vie_en_bonne_santé

3 https://www.latribune.fr/economie/france/l-esperance-de-vie-en-bonne-sante-des-francaises-s-ameliore-792459.html

4 https://www.contrepoints.org/2019/11/25/358442-plan-hopital-la-fuite-en-avant

 

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